
La bonne volonté ne suffit pas. Il y a un art de l'écoute qui s'apprend, par une formation d’abord, puis en pratique. Les deux restent indissociables.
Le "savoir écouter" est un préalable : en effet, c'est la personne elle-même, plus que quiconque, qui connaît les solutions à ses propres problèmes, encore faut-il qu'elle les découvre. Mais il risque de ne pas y arriver seul. Une aide lui est nécessaire, celle d'une personne à son écoute.
Ecouter, rien n'est, semble-t-il, plus facile. En fait, écouter réellement -dans une relation d'aide s'entend- implique d'adopter, entre autres, une attitude de non-directivité.
Qu’est-ce qu’une relation non directive ? C’est une relation non hiérarchique qui n'est ni de pouvoir ni d'autorité. Il importe au contraire qu'un rapport chaleureux la nourrisse. L'acompagnant ne dirige pas la rencontre, n'indique pas de pistes à suivre, ne donne pas d'ordres, de consignes ou de suggestions. Rien n'est décidé d'avance, rien n'est formalisé.
Plus l'accompagné peut s'exprimer librement, dans la confiance et le respect, sans ressentir de pression quelle qu'en soit la forme, plus il parviendra à laisser progressivement émerger ce que lui dicte sa nature profonde.
Mais, si la non-directivité se caractérise par le refus d'exercer une quelconque influence, elle n'est pas non plus indifférence. L'attention de l'écoutant doit demeurer soutenue : il le montre à l'accompagné par sa présence vraie et son écoute empathique, qui seules lui ouvrent les portes à l'autre. L'accompagnant est là pour aider l'accompagné à clarifier lui-même la cause de sa souffrance, à l'exprimer, pour pouvoir "apprivoiser" cette souffrance.
Que se passe-t-il durant les rencontres? Généralement, l'accompagné parle et le bénévole écoute.
De quoi parle l'accompagné? Des causes de sa souffrance, des problèmes liés à des situations douloureuses (maladie, couple qui se défait, divorce, garde des enfants, difficultés avec les enfants ou avec les proches, chômage ou précarité économique, questions existentielles...) auxquelles s'ajoute souvent une pesante solitude.
La formation à l'écoute et à l'accompagnement dispensée par Astrée se déroule sous la forme de stages, généralement donnés sur un lieu d’accueil de l'Association. Les stagiaires sont des bénévoles qui peuvent s'engager au sein même d'Astrée comme accompagnants, ou dans d'autres associations.
Les conditions d'admission à la formation sont simples et claires:
En principe, il doit apparaître évident au candidat, à un moment donné, qu'il peut devenir accompagnant, et au coordinateur du site Astrée qu'il peut l’accepter comme tel. Il n'y a pas d'examen d'aptitude ou de contrôle des connaissances, pas de limite d'âge (on voit aussi bien des étudiants que des retraités), pas d'obligation de formation préalable à la psychologie, au travail social...
En revanche, la formation induit une auto-sélection fondée sur la mesure exacte de ses envies, sur l'évaluation de ses capacités et sur la prise de conscience du caractère difficile de l'engagement qu'implique l'accompagnement individualisé.
Il arrive aussi qu'un volontaire se présente comme accompagnant potentiel et qu'il se révèle fragile...et implicitement désireux d'être accompagné.
Un stage de formation initiale de courte durée (13 heures) se déroule en deux sessions d'une journée, espacées d’une semaine. Cela exige une vigilance constante du formateur car il doit assurer -avant, pendant et après le stage- le suivi individuel de chaque stagiaire d'un groupe de douze à quinze personnes. Les bénévoles de l'association bénéficient de la gratuité de la formation. Dans le cadre d'autres associations, d'institutions ou d'entreprises, une participation financière est demandée.
L'écoutant doit être présent, très présent. Cette qualité de présence induira la qualité de l'écoute. L'accompagné doit le sentir. Cela n'est possible que si l'accompagnant adopte une attitude d'empathie.
L'empathie n'est ni la sympathie ni l'antipathie. Elle est la faculté d'identifier ce que ressent un tiers et de percevoir ce ressenti de l'autre sans en être soi-même envahi. Cette perception par les sens et par l'intuition garde une distance affective ; elle est le garde-fou qui permet de ne pas se laisser entraîner dans la détresse de l'autre.
L'attitude d'empathie exige que l'accompagnant abandonne bien des réflexes spontanés, notamment la tendance à interpréter ce qu'on nous dit, à mener l'enquête, à juger, à moraliser. Elle implique aussi que nous soyons authentiques et compréhensifs. Elle est donc à l'opposé de l'indifférence, même si elle exclut tout débordement affectif.
C'est cette attitude d'empathie qui permettra à l'accompagnant de respecter les particularités, les sentiments, les émotions et les expériences de vie de l'accompagné, qu'il n'a ni à approuver ni à désapprouver. Il s'agit d'un regard positif, sans jugement moral, ni évaluation ou critique explicite ou implicite.
La juste distance est l'élément complémentaire du bon "fonctionnement" et de la réussite d'un accompagnement : ni trop proche ni trop lointain, ni trop froid ni trop chaleureux, l'accompagnant doit être intensément présent. Le réglage de la juste distance exige une auto-vigilance constante, d'autant qu'elle varie en fonction des personnes et des situations. Par exemple, si une personne en détresse est affectivement "assoiffée"/avide, l'accompagnant veillera doublement à ce que la relation ne dérape pas.
Dans tous les cas, la juste distance garantit le maintien de la nature de la relation d'aide.
Le déroulement de chaque accompagnement est unique et imprévisible. Certes, une grande importance est conférée à la formation, au cadre de références proposé par Astrée, aux repères privilégiant certaines attitudes par rapport à d'autres. Mais cela ne ligote pas pour autant un accompagnant ou un coordinateur à une façon de faire : il leur faut exercer constamment leur discernement pour pouvoir s'adapter à ce qui se passe concrètement. S'il est fondamental de ne pas vouloir influencer la personne accompagnée, cela n'empêche pas de lui prêter, à titre exceptionnel, le concours qui va lever un blocage. Il faut demeurer ouvert et jauger, comme dans toute autre situation, l'intérêt de choisir telle ou telle solution ou de prononcer telle parole.
Cette souplesse ne remet pas en cause les principes généraux, elle les colore d'humanité, elle montre que l'accompagnement ne peut pas s'accommoder d'un quelconque esprit de système : si la relation d'aide ne tolère ni attachement, ni aversion, ni indifférence, elle a besoin d'être vécue dans la nuance, c'est toute sa difficulté... et tout son charme!
La relation d'aide n'aurait aucune chance d'aboutir si l'accompagnant et l'accompagné n'avaient pleinement conscience qu'ils sont totalement libres et, entre autres, libres de faire cesser l'accompagnement à tout moment.
En ce qui concerne le futur accompagnant, ce bénévole peut -avant, pendant et après le stage de formation- évaluer sa capacité à s'engager : lorsqu'il manifeste son désir de volontariat, le coordinateur du site Astrée qui le reçoit l'aide à en appréhender la force et les limites. Le bénévole peut alors s'inscrire ou non au stage de formation. Lorsqu'il participe à un stage, il peut, à la lumière de ce qui s'est passé durant la première session, l'interrompre sans avoir à motiver sa décision. Le stage étant gratuit, il ne doit rien à aucun moment.
Après avoir terminé la formation, le bénévole peut estimer que la partie sera trop difficile, qu'il n'y est pas prêt, qu'il préfère attendre... ou ne pas donner suite : c'est son choix, que le coordinateur l'aidera à faire et qu'il respectera.
Cependant, si le bénévole décide d'accompagner quelqu'un, il prend là un engagement moral important qui lui interdira, pour des raisons éthiques évidentes, de le rompre avec légèreté et brutalité. Mais il lui sera toujours possible d'expliquer au coordinateur qu'il ne se sent pas à l'aise et qu'il souhaite passer la main: ce sera simplement une question de délai, jusqu'à son remplacement le plus tôt possible. Et bien sûr, il sera libre de quitter l'Association s'il le désire. Tout ceci relève du simple bon sens et de l'exercice d'une responsabilité d'homme libre de ses choix éthiques.
De son côté, l'accompagné peut à tout moment discuter avec le coordinateur de l'éventuelle cessation de l'accompagnement, soit qu'il estime n'en avoir plus besoin parce que sa situation s'est clarifiée et qu'il a recouvré l'énergie nécessaire à la reprendre en main, soit que son accompagnant ne lui convient plus et qu'il demande son remplacement.
L'objectif de toutes les phases de la formation continue est d'apporter des éclairages complémentaires à la lumière de l'expérience vécue. Le cadre de références théoriques qui avait été tracé lors de la formation initiale s'incarne ensuite dans les situations concrètes que l'accompagnant peut repérer. Il est amené alors à les décrire au cours de réunions animées par le coordinateur d'un site Astrée. Ces réunions prennent des formes différentes, adaptées à leur objet :
Comme la formation initiale, toutes les séquences de la formation permanente sont gratuites.
Les concepteurs et collaborateurs d'Astrée ont évidemment puisé, et continuent à le faire, dans toutes les sources qualifiées possibles :